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    Jacques Cheminade
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    jeudi 15 décembre à 19h30

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    Le système politique français est verrouillé. L’aspect le plus pernicieux de ce verrouillage est la soumission volontaire d’électeurs convaincus que ce système ne peut être changé et qui se résignent à un « vote utile ». En votant ainsi pour le moindre mal au sein du système, ils en perpétuent le pouvoir contre leurs propres intérêts.

    Pourtant, c’est dans tous les domaines que les partis en place et les « élites » qui leur sont associées ont trahi leurs promesses et prouvé leur incapacité. Ce qu’ils ont fait de l’Europe en témoigne.

    Ils ont souillé la cause européenne qui, depuis 1983, était leur seule vision. Leur Europe est devenue un chèque sans provision entre les mains d’un banquier douteux. Les dernières mesures annoncées par l’omnipotent Mario Draghi sont un comble. Après avoir multiplié par deux le bilan de la Banque centrale européenne (BCE) en moins d’un an pour doper la finance en difficulté, il décide d’augmenter de 20 milliards d’euros par mois ce dopage, de faire acheter par la BCE non seulement les dettes des Etats, mais des actions de sociétés privées, et de prêter aux banques en leur offrant de rembourser une somme inférieure au montant du prêt grâce à un taux d’intérêt négatif de 0,4 % en leur faveur ! Déjà, le 20 août 2015, la France avait adopté une ordonnance permettant à un établissement financier en difficulté de saisir les dépôts de ses clients, dans le cadre d’une procédure de résolution mise en place par les autorités européenne et nationale. Ainsi, on prévoit bel et bien les faillites en les mettant sur le dos du contribuable et du déposant, mais en les qualifiant hypocritement de « résolutions ». M. Draghi, parrainé par les gouvernements, bafoue la justice et transgresse les traités européens eux-mêmes. C’est le signe de la fin d’un système quand ceux-là mêmes qui en ont fait les lois les violent sans scrupule.

    «Un vote utile est un vote pour la soumission.»

    Les seules constructions de nature fédérale que sont Schengen et la zone euro volent en éclats. Face aux réfugiés, l’Europe foule aux pieds ses propres principes. Seuls les habitants des îles italiennes et grecques sauvent l’honneur de l’accueil alors que les frontières intérieures de l’Union se hérissent de barbelés. La déstabilisation de tout le Moyen-Orient, que l’Europe n’a non seulement rien fait pour prévenir mais à laquelle elle a activement participé, entraîne ainsi des conséquences auxquelles elle réagit dans l’improvisation destructrice. Quant à l’euro, il est devenu un relais du système mondial de prédation financière, et non le soutien à la politique de grands travaux annoncée par Jacques Delors. Les récentes décisions de Bruxelles, soi-disant plus justes, sur les travailleurs détachés vont en fait pérenniser la concurrence faussée entre salariés, au profit de ceux qui les emploient et les exploitent.

    Dans ce contexte, l’Union européenne se fracture entre vieilles démocraties corrompues de l’Ouest et jeunes régimes postcommunistes corrompus de l’Est, chacun ne voulant que les avantages d’un système devenu incapable d’en fournir. Le moteur franco-allemand lui-même cale faute de vision et de solidarité.

    C’est en fait une vaste zone de libre-échange financier que l’Europe est devenue, sous la tutelle du monde de la City et de Wall Street. Que le Brexit se produise ou non, ce système n’est plus viable.

    Le vice de fonctionnement de l’UE est clairement apparu dans le domaine agricole : elle nous laisse soutenir le prix du lait et limiter volontairement l’offre à l’intérieur de nos frontières, sans rien prévoir si le clan nordique du libre-échange en profite pour inonder notre marché. Il n’y a rien non plus sur la levée de l’embargo russe sur la viande de porc, car nous continuons à nous soumettre ensemble aux sanctions qui vont à l’encontre de nos intérêts.

    Un vote utile est un vote pour cette soumission ou pour des extrêmes qui la dénoncent sans proposer d’alternative réelle, ce qui revient au même. C’est désormais de système et de vote qu’il faut changer, faute de quoi nous continuerons à nous détruire nous-mêmes à la remorque d’un cadavre.


    L’édito de Jacques Cheminade est publié tous les 15 jours dans le journal Nouvelle Solidarité.