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    Travail humain et guerre

    mercredi 19 septembre 2012

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    Jacques Cheminade
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    jeudi 15 décembre à 19h30

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    Je viens d’un restaurant où deux voisins de table évoquaient une situation qui ressemble à celle de 1938-1939, sans bruits de bottes mais avec des déploiements de drones, de porte-avions et de sous-marins. Ils disaient tout haut ce que beaucoup ne veulent pas s’avouer à eux-mêmes.

    Nous voici parvenus en effet à un moment de l’histoire où les déploiements militaires au large de la Syrie et du détroit d’Ormuz, ainsi que les violences s’étendant au sein de tout le monde musulman, sont devenus une menace pour la paix mondiale. La matrice de cette menace n’est pas celle d’une guerre entre peuples ou nations, mais celle du chantage d’une oligarchie incapable d’assurer un avenir. Preuve de cette incapacité de son système prédateur et spoliateur, le fonctionnement actuel des Bourses mondiales. Plus le chômage s’étend et plus le risque de faillite des grandes banques grandit, plus la Bourse monte ! Les marchés sont euphoriques quand ça va mal car ils voient que la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne émettent alors de la monnaie de singe avec laquelle ils pourront continuer leurs spéculations.

    Ce qui vient de se passer est exactement cela : Mario Draghi vient d’ouvrir les vannes du renflouement des établissements financiers en Europe tout en imposant aux peuples et aux économies le garrot d’une supervision à sens unique. Ben Bernanke vient de faire de même aux Etats-Unis, avec un troisième « allègement quantitatif », lui aussi illimité dans le temps et en montant. « Messieurs, faites vos jeux, la Banque régale et quiconque s’y oppose aura affaire à nos missiles. »

    Conséquence de cette politique chez nous, 14,1 % de la population vit avec moins de 964 euros par mois et seuls les riches voient leur niveau de vie progresser. Avec une croissance de 4,8 % par an dans les années 1960, il fallait 20 ans pour doubler son pouvoir d’achat ; aujourd’hui, avec 0,8 % à 1 %, il faudrait plus de cent ans. Alors que notre dette publique augmente jusqu’à représenter 33 ans d’impôt sur le revenu.

    Voilà où nous en sommes arrivés, cinquante ans après la signature du Traité de l’Elysée, entre de Gaulle et Adenauer. Et que font Merkel et Hollande ? On attendait au moins Roosevelt, voici l’austérité de Schröder ! En bien pire, car c’est en aggravant la violence de la chute à venir par une rigueur destructrice conjuguée à un écologisme absurde.

    La pire erreur serait de sombrer dans un pessimisme confortable. L’impératif politique et moral est de rétablir la priorité absolue du travail humain. Car le travail est cause première du processus de production, tandis que le capital, comme ensemble des moyens de production, n’est lui qu’un instrument. L’œuvre du travail sert, au sens collectif, à multiplier le patrimoine de toute la famille humaine et, au sens individuel, à accomplir la souveraineté de créateur du travailleur. Nous parlons ici du vrai travail humain, pas de l’accumulation de jobs en CDD ou en intérim. Ce travail est aussi la porte du transcendant, d’une amélioration de notre condition. Simone Weil nous dit : « Si je travaille seulement pour vivre, je ne peux pas avoir le goût au travail. Il faut que je travaille pour m’agrandir […] Les travailleurs ont encore plus besoin de poésie que de pain. Besoin que la vie soit une poésie. Besoin d’une lumière d’éternité. »

    C’est en bafouant cela que l’oligarchie crée les conditions de la guerre. Comment ne pas se battre pour créer celle de la paix, par le développement mutuel ?

    Jacques Cheminade