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    Trahison

    mercredi 29 mai 2013

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    Jacques Cheminade
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    jeudi 15 décembre à 19h30

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    Face au comportement des partis et responsables politiques de notre pays, le seul mot qui vienne à la bouche est « trahison ». Trahison des droits économiques et sociaux inscrits dans le Préambule de notre Constitution, trahison de la Déclaration universelle des droits de l’homme, trahison du programme d’action du Conseil national de la Résistance, trahison de la Déclaration de Philadelphie sur les buts et objectifs de l’Organisation internationale du travail. Trahison des principes de notre vouloir vivre en commun, sapés dans leurs fondements mêmes. C’est non seulement très grave par ce qui est fait en bafouant ces principes, mais aussi par la destruction de leur caractère « inaliénable et sacré » aux yeux d’un peuple écœuré.

    Voici d’abord Pierre Moscovici qui défend les vertus de la finance « essentielle à l’économie réelle et qui doit être mise à son service » . Comme si tout le monde ne savait pas que c’est cette finance folle et fondée sur l’émission de capital fictif, qui pille le travail humain et la substance de l’économie productive en France et dans le monde. Voici en outre que sa réforme bancaire, qui prétend assurer les dépôts de moins de 100 000 euros, n’apporte en garantie que 2 milliards et confond dans un même organisme le Fonds de garantie et le Fonds de résolution, ce qui signifie en clair qu’en cas de défaillance d’un établissement financier, on pourra puiser sans se gêner dans le Fonds de garantie ! C’est la commedia dell’arte qu’on nous met en scène et l’on en rirait si le sort de millions de vies humaines n’était en jeu. Car céder devant les forces financières revient à admettre que puisse continuer leur opération de pillage, détruisant la capacité de production nécessaire aux générations futures. A la City de Londres et à Wall Street on en a tiré les conséquences : une politique de dépopulation par tous les moyens, tout en prétendant pratiquer un « care » de dame patronnesse hypocrite.

    Voici François Hollande se rendant à Leipzig auprès d’Angela Merkel et de Peer Steinbrück et y proclamant : « Le progrès, c’est aussi de faire des réformes courageuses pour préserver l’emploi et anticiper les mutations sociales et culturelles, comme l’a montré Gerhard Schröder. » Et puis : « Je garde de la social-démocratie le sens du dialogue, la recherche du compromis et la synthèse permanente entre la performance économique et la justice sociale. » Le Figaro se réjouit, croyant entendre « le Tony Blair d’il y a quinze ans ». C’est hélas exact et c’est terrible. Car c’est le ralliement à la politique d’austérité allemande de Harz IV , qui a créé volontairement la précarité pour faire pression sur les salaires et promu l’embauche à bas prix des salariés des pays de l’Est, chez eux comme en Allemagne même. Cette politique, s’appuyant sur un euro destructeur, a engendré une Europe à deux vitesses, l’Allemagne elle-même se trouvant condamnée en fin de comptes, faute de clients pour ses exportations.

    L’opposition de droite prétendument républicaine ne propose que davantage de démantèlement de l’Etat, de réduction de la dépense publique et de destruction du Code du travail. C’est la politique de la finance prédatrice sans gants roses. Quant à M. Mélenchon, qui prétend « se casser le cul » pour la classe ouvrière, il nous propose l’inflation et le recul énergétique. Mme Le Pen s’émeut d’un suicide devant le grand autel de Notre-Dame et M. Dupont-Aignan se réjouit d’amitiés européennes qui parient sur un national-monétarisme tout aussi prédateur que le fédéralisme monétaire.

    Il n’en est plus un pour sauver l’autre. Ne serait-il pas temps que les trahis se rassemblent hors du cercle de déraison de la trahison officielle, autour d’un programme digne de ce nom ?

    Jacques Cheminade