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    mercredi 20 mars 2013

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    Jacques Cheminade
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    jeudi 15 décembre à 19h30

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    Un grand moment de l’histoire échoue à des politiciens sans envergure ni caractère. Ce moment de l’histoire, c’est maintenant. Chez nous.

    Face à des circonstances exceptionnelles, les capitaines courageux brisent les tabous de l’ordre ancien qui a failli et donnent une direction nouvelle à la société dont ils sont responsables. A l’opposé, les âmes habituées gèrent en ne respectant plus leurs propres lois ni leurs propres promesses, pour venir au secours du système auquel elles sont attachées par leurs intérêts et leurs habitudes. On reconnaîtra, hélas, le comportement de nos dirigeants, en politique intérieure comme en politique internationale. Il y a bien une cohérence, celle de l’adaptation permanente au suicide collectif.

    La réforme bancaire de M. Moscovici est un exemple patent de ce comportement. Plutôt que de briser le tabou du libéralisme financier et de s’attaquer à un système devenu incapable d’assurer la croissance réelle et la justice sociale, on propose une réforme sans substance, que votent des parlementaires qui ne sont pas dupes mais obéissent aux consignes de leurs partis. En même temps, un Président de la République socialiste envisage d’imposer par ordonnances des mesures d’austérité à son peuple. Il se plie de surcroît au contrôle de la Commission de Bruxelles sur notre budget, qui cadrera ces mesures ! Se dépouillant encore davantage des attributs de notre souveraineté, le gouvernement réduit nos dépenses militaires sous le seuil de toute prétention d’indépendance. Et s’allie à la Grande-Bretagne de David Cameron pour s’engager à livrer des armes aux insurgés syriens « responsables et démocrates », alors qu’ils ne sont pas ou plus indépendants des extrémistes que nous combattons par ailleurs au Mali. La coupe est pleine, et cependant il reste encore à y ajouter la signature prévue du Traité de libre-échange transatlantique, qui vise à démanteler notre agriculture, étouffer nos PME et anéantir notre exception culturelle.

    C’est dans ces circonstances que survient la crise chypriote. On la voyait depuis longtemps venir mais l’Europe est devenue incapable d’anticiper. Et lorsque cette crise a éclaté, plutôt que de briser avec la règle du jeu du vol financier organisé, la Troïka décide, avec le soutien de notre gouvernement, de violer la garantie des dépôts en espérant saisir 5,8 milliards d’euros. Ces mœurs de pickpocket en complet trois pièces allient l’outrage à l’incompétence. Le signal envoyé est que notre argent n’est plus à l’abri dans un coffre de banque et que la Banque centrale européenne ne contrôle plus la situation. Comme le dit le Prix Nobel d’économie Paul Krugman, « c’est comme si les Européens avaient installé des enseignes en grec et en italien pour dire : il est temps de vous précipiter sur vos comptes en banque ».

    Chypre, qui ne pèse qu’à peine 0,2 % du produit intérieur brut de la zone euro, pourrait bien être, avec l’Islande, le grain de sable qui fera dérailler la machine infernale. Le Parlement chypriote vient de voter à la quasi unanimité le rejet du plan de l’Europe de l’euro.

    Mieux encore, la Commission des affaires économiques et du commerce du Parlement islandais vient d’adopter à l’unanimité une motion pour un vrai Glass-Steagall de séparation des activités bancaires. En ce moment de l’histoire que nous avons atteint, la France reçoit une leçon de Reykjavik.

    Jacques Cheminade