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La France de demain

Retraites : justice face aux vrais sujets

Le débat se focalise le plus souvent sur l’âge légal de départ à taux plein acquis, fixé à soixante-deux ans pour les personnes nées en 1955 et au delà. Les vrais sujets se trouvent ainsi masqués par des chiffres lancés sans réflexion dans un contexte de contre-vérités et d’approximations. Il est donc nécessaire de remettre ce débat sur les rails de la justice sociale, en fonction du type de société vers lequel nous devons aller.

I. Les vrais sujets

A) Ce sont le dynamisme et la productivité d’une société qui sont déterminants pour le niveau des retraites et non le seul rapport entre actifs et retraités. L’on invoque l’argument du vieillissement démographique et de l’augmentation de la proportion de retraités par rapport à celui des actifs pour en conclure qu’il faut fatalement allonger l’âge du départ légal et accroître le montant des cotisations. Il est vrai qu’il y avait en 1960 quatre cotisants actifs pour un retraité, qu’il y en a aujourd’hui un peu moins de deux et qu’il devrait y en avoir un seul en 2050. Ce raisonnement arithmétique repose sur une conception statique de l’économie et de la société. Il ne tient pas compte de deux éléments fondamentaux :

  • d’une part, les retraités ne sont pas une « charge ». En consommant et en épargnant, ils contribuent à la croissance et au financement de l’économie, et en soutenant leurs enfants, ils infusent un pouvoir d’achat supplémentaire. De plus en plus, ils participent à des activités associatives ou de bénévolat, qui sont un apport important à l’économie sociale et solidaire ;
  • d’autre part, les découvertes et les innovations technologiques, en particulier l’automatisation des tâches et les applications du numérique, permettront d’accroître la productivité du travail et donc de rendre un actif capable de financer beaucoup plus de retraités qu’il ne parvenait à le faire auparavant.
    Le vrai problème est que, depuis une quarantaine d’années, la France s’est désindustrialisée au sein d’une Europe statique, et que la productivité dans les services ne peut croître au même rythme que dans la production de biens.

B) C’est le partage inégal des richesses qui pèse sur le niveau des retraites. Depuis une quarantaine d’années, les gains de productivité réalisés par le travail ont été progressivement accaparés par le capital dans un système de priorité financière et de passage à une économie de services. C’est dans ce cadre que s’inscrit la question des retraites et non dans leur examen comptable hors sol politique, comme s’il s’agissait d’une chose en soi. Les salariés subissent ainsi une discrimination négative qui profite aux revenus les plus aisés dans les secteurs des services financiers et commerciaux, du tourisme et de la « nouvelle économie ».

  • C’est la souffrance au travail qui est le vrai sujet devant déterminer l’âge du départ à la retraite. Les ouvriers victimes de la pénibilité physique restent les premiers touchés. A trente-cinq ans, leur espérance de vie est inférieure d’environ six ans à celle des cadres et même de dix ans si l’on se base sur l’espérance de vie sans handicap majeur. Dans le secteur tertiaire, la pénibilité psychologique s’est fortement accrue avec le règne du juste-à-temps, des cadences de plus en plus infernales et du contrôle individuel de plus en plus constant rendu possible par le développement de l’informatique. Un véritable harcèlement au travail s’est ainsi mis en place, sous la contrainte du « chiffre ». Les méthodes du management moderne, mal ou trop bien maîtrisées, aggravent la situation. L’on comprend donc que tous ceux qui se trouvent soumis à ce régime de travail veuillent partir dès que possible à la retraite.
    La réalité est que si l’on veut allonger la vie au travail compte-tenu de l’accroissement de l’espérance de vie, il faudra fondamentalement améliorer les conditions de travail, ce qui suppose un changement des priorités économiques et sociales de toute la société, comme mon projet le préconise.
  • Ce sont souvent les inégalités les plus choquantes qui sont le moins remises en cause :

- les privilèges relatifs des salariés d’EDF, de la SNCF, des douaniers ou des aiguilleurs du ciel sont de l’aveu général excessifs, en raison de l’évolution historique des tâches, mais ils sont trop souvent dénoncés pour remettre cyniquement en cause les acquis sociaux des travailleurs. Je suis convaincu qu’on pourra parvenir à une juste réforme dans une société où la justice sociale et un enthousiasme de mieux faire seront enfin rétablis ;

- bien plus graves sont les niveaux demeurant scandaleusement faibles des retraites des agriculteurs, commerçants et artisans et la situation de leurs conjoints ;

- bien plus graves sont les inégalités homme/femme. Aujourd’hui, les femmes qui partent à la retraite touchent une pension inférieure en moyenne de 40 % à celle des hommes. Les pensions de réversion sont par ailleurs tout à fait insuffisantes ;

- bien plus graves sont encore les inégalités suivant l’âge d’entrée dans la vie active.

II. Mes propositions

Priorité du travail humain.

Substituer la priorité sociale du travail humain, avec un horizon à long et moyen terme, à celle du gain financier à court terme, permettra de poser la question des retraites dans un contexte totalement différent. L’on ne cherchera plus alors à quitter une activité subie, dégradante ou peu gratifiante, mais on y sera au contraire attaché dans un environnement coopératif et solidaire, autour de projets communs, et non dans une guerre sociale de tous contre tous sous la menace constante d’une exclusion.

Revalorisation de toutes les retraites et pensions. Le niveau minimum de toutes les retraites doit être rapidement revalorisé au niveau du SMIC

et celui des pensions de réversion relevé à 75 %. Dans l’immédiat, les retraites les plus modestes doivent être accrues de deux cents euros. Cela doit valoir pour les retraites et les réversions des agriculteurs, des artisans et commerçants et leurs conjoints. La justice sociale la plus élémentaire exige que l’on rétablisse l’égalité sociale en améliorant la situation des plus défavorisés et non en rabotant les avantages relatifs de certains métiers mieux lotis.

Plus généralement, il faudra réindexer le niveau de toutes les retraites sur celui des salaires

en se basant sur un indice des prix traduisant plus fidèlement la réalité que l’actuel, dont la sous-évaluation est incontestable par rapport aux besoins réels d’un ménage moyen.

Augmenter tout de suite de 100 euros par mois l'allocation de solidarité aux personnes âgées

(ASPA, auparavant appelée minimum vieillesse) Elle est actuellement de 801 euros pour une personne seule et sans ressources, soit une somme nettement en deçà du seuil de pauvreté ! Je propose de l’, pour lui faire atteindre progressivement le niveau du seuil de pauvreté, soit actuellement 1008 euros par mois.

Un système de bonus/malus sera mis en place pour susciter le relèvement des salaires féminins

conduisant progressivement au niveau de ceux de leurs collègues masculins. Les périodes d’inactivité forcée, même sans perception d’allocations chômage, devront être prises en compte.

La hausse des retraites les plus modestes doit avoir pour contrepartie le plafonnement des retraites les plus élevées.

Je propose un plafonnement de ces retraites à dix fois le SMIC, l’écart le plus grand ne pouvant dès lors dépasser un rapport de un à dix. Les riches, qui ont déjà accumulé un patrimoine dont ils peuvent par ailleurs jouir, ne seront pas en mesure de protester de bonne foi contre une telle limite.

Je proposerai que les médecins du travail, assistés par les inspecteurs, établissent eux-mêmes et de façon incontestable les situations de pénibilité

au cas par cas et sur la base de leur expérience, sans une surcharge de critères qui entraîne les contestations. La retraite anticipée pour cause de pénibilité peut maintenant être exigée en fonction des points disponibles sur le compte personnel de prévention de la pénibilité ou d’une incapacité permanente d’origine professionnelle. Il s’agit sans aucun doute d’un progrès. Cependant, la difficulté pour les entreprises de procéder à un décompte détaillé pour chaque cas entraîne des protestations et conduit à des difficultés.

Ceci étant établi, la question de l’âge de départ à la retraite à taux plein à 62 ans, sous condition de durée d’assurance correspondant à la date de naissance, se trouve déminée. Le principe doit en être légitimement maintenu, compte-tenu de l’ensemble d’améliorations que je propose en fonction des situations individuelles et non de façon rigide. Cependant, l’exigence de plus de 42 ans et six mois de cotisations pour les dates de naissance au delà de 1969 me paraît excessive. Le maximum pour pouvoir partir à taux plein à 62 ans devrait donc être de 42 ans et six mois pour tous ceux nés après 1969. Enfin, pour clarifier les choses, une commission tripartite Etat/salariés/employeurs devra examiner métier par métier ceux qui justifient, notamment en fonction de l’espérance de vie qui leur est attachée, un départ anticipé. Les médecins du travail examineront le cas de chaque salarié dans ce cadre.

La solution de la capitalisation doit être dans ce contexte rejetée une fois pour toutes. La désintégration financière qui vient plaide contre elle.

Une économie organisée de plein emploi qualifié est le but de mon projet et c’est elle, en étant plus productive, qui permettra de servir des retraites dignes. Bien entendu, l’espérance sociale qu’elle fera naître et une politique soutenue d’allocations familiales, de financement de crèches et de mesures d’intégration en faveur des défavorisés créeront les conditions pour une hausse des naissances, impossible sous la dictature financière actuelle qui entretient le pessimisme et un hédonisme à courte vue. Ces nouvelles générations seront le soutien des anciennes, en disposant de technologies bien plus productives et socialement partagées.

En même temps que les générations vieillissantes, la question des retraites concerne donc tout l’avenir de notre société. Il faut y répondre sans défendre des positions indûment acquises et conscients qu’il y a un intérêt commun entre classes d’âge, avec les yeux du futur et non ceux d’un passé figé ou d’un présent devenu destructeur.



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