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    Peugeot : c’est le système financier qu’il faut changer, imbéciles !

    samedi 28 juillet 2012

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    Jacques Cheminade
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    Déclaration de Jacques Cheminade

    Paris, le 28 juillet 2012 – Le saccage social qui frappe Peugeot et l’ensemble de l’industrie française n’est pas dû principalement à la gestion des entreprises elles-mêmes. Il est la conséquence de tout un système à priorité financière qui s’est mis en place depuis plus de trente ans, auquel la gauche comme la droite se sont adaptées. La première responsabilité d’un gouvernement servant notre production nationale et nos travailleurs serait de l’arrêter net. Le gouvernement actuel, pas plus que les précédents, ne le fait pas. Il s’en rend ainsi complice, malgré les bonnes intentions ou les rodomontades de M. Montebourg.

    En effet, au sein du système et dans l’industrie automobile telle qu’elle est, la fermeture d’Aulnay et la destruction de 8000 emplois sont « logiques ». En effet, la priorité financière fait passer avant tout la « compétitivité » par rapport aux pays à bas salaires, depuis lesquels les entreprises multinationales pratiquent le dumping social et écologique. La « solution » au sein du système est donc d’accélérer le déplacement de la production à l’étranger, de faire baisser les coûts du travail en France et de libéraliser le marché du travail. C’est ce qu’affirme cyniquement un Marc Beise, rédacteur en chef économie de la Süddeutsche Zeitung de Munich, à l’image de tous les adeptes du mondialisme financier.

    Que faire contre eux ? Le gouvernement actuel propose de vieux sparadraps car il a choisi de ne pas contester le système. Il devient donc complice des « versaillais » qui délocalisent leurs productions. Le système de bonus-malus en faveur des voitures écologiques électriques ou hybrides favorisera davantage les modèles qui ne sont pas produits en France et sera en fait un coup de pouce pour Toyota. La réorientation des commandes d’Etat et des collectivités locales pour réamorcer la filière ne représentera que 13000 exemplaires au mieux. La relance des bornes de recharge ne concernera que quelques villes. La réorientation des 350 millions d’euros du programme d’investissements d’avenir en faveur de l’innovation est intéressante mais insuffisante et ne s’inscrivant pas dans un système productif intégré.

    Il est donc clair que le gouvernement est impuissant au sein du système et que Peugeot, qui avait plus produit en France que les autres et dans une gamme moyenne, doit se rallier pour survivre : produire depuis les pays à bas salaires pour les riches amateurs de luxe et le bas de gamme pour les autres.

    C’est ce système qui est fou. En changer suppose d’abord couper les banques en deux et tarir la priorité donnée aux spéculations à court terme en refusant de renflouer les dettes de jeu des parieurs. Cet assainissement indispensable pour reconstruire doit être suivi d’une politique de crédit public à partir d’une banque nationale. C’est contraire à la fausse Europe actuelle, il faut donc la reconstruire autour de grands projets associant les nations européennes, vers la Méditerranée et l’Eurasie. La base doit être l’émission coordonnée de crédit à partir de banques nationales. C’est incompatible avec le système de l’euro ? Eh bien il faut en sortir, non par le bas, dans un repli national, mais par le haut, en rétablissant la priorité du travail et de la créativité humaine sur la destruction financière. Si nous ne voulons pas tous nous réveiller grecs, il ne faut pas se contenter de défendre et de protéger les emplois, il faut une offensive de croissance réelle.

    Cela suppose de créer un système productif intégré, fondé sur le travail cognitif, sur les découvertes et les innovations, sur la capacité de faire face à l’inédit et à l’inattendu, et non sur la priorité du profit financier. Dans tout le secteur automobile, cela doit se traduire par un effort de formation professionnelle et de reconversion sans précédent, en redéployant les instruments de production vers des formes de transport plus collectives, des engins de travaux publics, les composantes des centrales nucléaires de la quatrième génération et le matériel agricole de pointe. Avec un engagement clair : aucun emploi perdu, aucune qualification du travail gâchée.

    Utopie ? Non, c’est continuer à aller comme on va qui nous mène droit contre le mur de l’argent et vers les mêmes horreurs que celles des années trente du XXe siècle. Sous des formes différentes, encore plus pernicieuses et fondées sur une politique de dépopulation, avouée à Londres et à New York, faute de moyens d’assurer un avenir.

    Peugeot n’est pas au départ le premier coupable, ce gouvernement non plus. Ils le deviennent cependant lorsqu’ils cèdent à la servitude financière et font « comme les autres ». Mobilisons une alliance de producteurs et de travailleurs pour imposer un nouveau système « avec les yeux du futur », avec la participation active de tous à un nouveau système de crédit productif et la reconversion industrielle ! Lançons de grands projets pour développer l’Afrique, la Méditerranée et l’Eurasie, intégrant toutes les compétences dans les métiers de l’avenir !