Libérons-nous de l'occupation financière
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    mardi 7 juin

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    Jacques Cheminade
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    jeudi 15 décembre à 19h30

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    Lorsqu’on veut détourner l’attention des peuples des questions fondamentales, on cherche à leur faire voir l’histoire par le trou de la serrure.

    Plutôt que de combattre l’occupation financière, question fondamentale qui détermine toutes les autres, on ergote sur la déchéance de nationalité, l’état d’urgence, l’immigration et plus globalement, notre « identité nationale ». Il est tout de même scandaleux que ceux qui mettent de l’avant cette identité n’aient rien fait pour la défendre contre les véritables intérêts qui la menacent : la City, Wall Street et leurs relais militaire et bureaucratique que sont devenues l’OTAN et l’Union européenne. Quant à ceux qui déplorent la montée des « populismes », on doit leur répondre avec Bossuet que « Dieu se rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes » . Depuis 1983, en effet, on nous a vendu une fausse Europe et un ultralibéralisme prédateur, qui ont créé l’environnement propice à ce dont on se plaint avec des airs hypocritement indignés. Jean-Luc Mélenchon n’a-t-il pas en son temps voté pour Maastricht et Philippe Seguin n’avait-il pas alors bien mal défendu le « non » face à un François Mitterrand parfait en Raminagrobis ? Et nous ne mentionnons ici que deux responsables parmi les moins coupables de soumission, les autres ayant manifesté moins de pudeur.

    « Relevons les vrais défis de l'époque »

    L’on s’émeut de telle ou telle déclaration peu charitable d’un Emmanuel Macron ou de ses démêlées fiscales, sans aborder le sujet fondamental, qui est de voir apparaître une sorte de Tony Blair à la française. Le Blair d’origine non seulement trahit ses électeurs mais dénonça en 1999 à Chicago « l’ordre westphalien », c’est-à-dire l’entente, la détente et la coopération entre Etats-nations pratiquant l’avantage d’autrui. On en voit le résultat aujourd’hui, avec une nouvelle guerre froide menaçant de devenir une guerre nucléaire tout court, alors que l’OTAN, contrairement aux engagements pris auprès de M. Gorbatchev, déploie ses missiles Aegis et ses troupes aux frontières de la Russie. Et l’on nous montre par le trou de la serrure une caricature de Vladimir Poutine pour nous faire oublier les raisons qu’a la Russie de réagir comme elle le fait. On caricature la ceinture économique de la Route de la soie chinoise, l’option que nous devrions saisir contre le monde va-t-en guerre de la City et de Wall Street, en nous faisant voir par le trou de la serrure tel ou tel aspect de la corruption chinoise, comme si nous étions tous propres et nets pour en juger. Plus fondamentalement, on nous vend une conception géopolitique de l’histoire, comme si tout avantage ne pouvait être obtenu qu’au détriment de l’autre, et non comme le fruit d’un développement mutuel gagnant/gagnant !

    Nous dit-on que l’Union européenne est une fausse Europe, devenue la marionnette des oligarchies financières de l’Empire anglo-américain qui cherchent à détruire la base même de nos existences ? Non, on accorde à M. Cameron des avantages inadmissibles pour que son pays et la City s’y maintiennent. On ajoute que sortir de l’euro serait une terrible catastrophe qui nous isolerait et alourdirait notre dette déjà très élevée. On nous ment car, selon la lex monetae, notre dette libellée en euros, mais émise pour 97 % en droit français, serait convertie et remboursée en francs, éventuellement dévalués ! Quant aux dettes des banques et des Etats souverains, tout le monde sait qu’elles ne pourront jamais être remboursées, la question décisive étant de savoir si ce sera au détriment des peuples ou des oligarchies.

    Détournons donc les yeux des trous de serrure et relevons les vrais défis de l’époque : paix par le développement mutuel ou guerre nucléaire, indépendance et progrès ou chaos financier et régression financière mondiale.


    L’édito de Jacques Cheminade est publié tous les 15 jours dans le journal Nouvelle Solidarité.