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    Nef des fous

    mardi 21 décembre 2010

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    Jacques Cheminade
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    jeudi 15 décembre à 19h30

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    Il est un tableau de Jérôme Bosch intitulé la Nef des fous . On y voit les occupants du bateau tirer à hue et à dia, chacun préoccupé par son propre fantasme et ayant perdu en route tout sens du bien commun et de la réalité même. Les dirigeants du monde transatlantique sont aujourd’hui à la mesure de cette métaphore.

    Le dernier plan adopté au Congrès américain, sur l’insistance du président Obama, est un premier exemple de cette folle dérive. Il proroge la baisse générale des impôts pendant deux ans, c’est-à-dire entérine la politique de George W Bush en faveur des riches, pour un coût de 801 milliards de dollars. La garantie d’indemnisation des chômeurs de longue durée, elle, ne jouera que pendant un an et représentera 57 milliards de dollars. On donne donc 14 fois plus aux riches ou aux citoyens aisés qu’aux pauvres, et pendant le double de temps ! Le vote a rassemblé une coalition de républicains de droite et de démocrates « conservateurs », contre les démocrates progressistes. Ces 800 milliards viennent s’ajouter aux 700 milliards du plan TARP et aux 600 milliards d’« allègements qualitatifs » de Bernanke, le directeur de la Réserve fédérale (Fed), qui en annonce à présent 600 milliards de plus. L’agence Bloomberg nous révèle en même temps que cette même Fed a porté 9000 milliards de dollars de transactions hors bilan pendant à peine huit mois, sans qu’on en connaisse les bénéficiaires ! Les vannes de l’argent sont ainsi ouvertes à tout va, un argent qui ne va ni à la consommation ni aux petites et moyennes entreprises, mais aux banques casinos et aux riches, entretenant une hyperinflation qui se déchaîne en dehors des chiffres officiels américains, car ceux-ci excluent sans vergogne des données les produits alimentaires et l’énergie.

    Le second exemple est la pantalonnade qui vient de se dérouler au sommet de l’Union européenne. La maison brûle et tout le monde se revêt de poix et de plumes comme au bal des ardents de Charles VI. La poix : la Banque centrale européenne augmente son capital de 5,76 à 10,76 milliards d’euros pour pouvoir continuer à acheter des obligations pourries des Etats sur le marché secondaire afin de sauver les banques détentrices ou des titres toxiques de toute nature. Rien pour les PME et l’austérité pour les peuples : telle est la logique de ce « transfert ». Les plumes : le Fonds européen de stabilité financière, de 440 milliards d’euros, se voit entériné sous forme d’un Mécanisme européen de stabilité (MES), qui doit voler au secours des pays de l’euro en difficulté, c’est-à-dire des banques créancières, en imposant des conditions autodestructrices aux peuples.

    En effet, si on défend l’euro tel qu’il est et si on poursuit l’intégration, la mutualisation du risque deviendra fatale et tout le monde se trouvera entraîné dans le mælström.

    Ceux qui veulent sortir de l’euro ne proposent, eux, que des solutions monétaristes, comme les risibles « 12 étapes » de Marine Le Pen, sans concevoir ce qu’il faudrait mettre en place pour remettre l’économie au service des capacités créatrices des hommes. C’est tout le sens de ma proposition pour un « franc polytechnique » dans un contexte de grands projets, de l’Atlantique à la mer de Chine. Sans eux, nous nous condamnons à la peine de mort financière car sortir de l’euro ne créera pas « mécaniquement » des millions d’emplois.

    Face à ces équipages ayant perdu la raison et le sens du réel, nous devons fournir des horizons et des idées. Et relire les discours de guerre du général de Gaulle plutôt que d’écouter les dérisions cyniques des Michel Houellebecq, pour qui la France est un hôtel de passe.

    Jacques Cheminade