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    mercredi 6 juillet

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    jeudi 15 décembre à 19h30

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    Lorsqu’on témoigne du respect aux gens, il n’y a pas d’exception au fait qu’ils vous le rendent formidablement. (Michel Rocard, dans sa dernière interview au Point, le 23 juin 2016).

    J’écris aujourd’hui ces lignes sur Michel Rocard pour trois raisons. La première est qu’il fut un homme de dimension, de cœur et d’écoute qu’on ne retrouve plus dans ce qu’est devenue la politique française. La seconde est qu’il vient d’être couvert d’éloges par ses amis et ses adversaires, au risque d’étouffer le souvenir de ce qu’il fut réellement. La troisième est que nous avons marché ensemble à certains moments déterminants, depuis sa dénonciation des « camps de regroupement » de la guerre d’Algérie jusqu’à son récent combat contre le « capital fictif » et pour la séparation bancaire, arme nécessaire pour porter un coup au cœur du monde de l’argent.

    Au cours de nos rencontres, nos échanges ont toujours été francs, amicaux et directs, sans arrière-pensées opportunistes. Il m’a paru au début paradoxal qu’un représentant de la « gauche américaine » et partisan convaincu du modèle européen, soit plus attentif à ce que j’avais à dire que d’autres apparemment plus proches de mes conceptions. Cependant, au fil du temps, je découvris son exceptionnel attachement à la vérité et à l’empathie qui nous rapprochait, son immense curiosité humaine et son mépris du qu’en dira-t-on.

    Son interview au Point du 23 juin est exemplaire de l’homme sans compromissions qu’il fut. Dénonçant un « système dominé par le divertissement » et voyant venir « l’élection présidentielle sans projet de société d’un côté comme de l’autre », il y dénonce un François Hollande, « enfant des médias dont la culture et la tête sont ancrés dans le quotidien », ainsi qu’un Valls et un Macron « loin de l’histoire ». Il le fait sans acrimonie personnelle, simplement parce que pour lui, au contraire, « l’accès pour tous aux activités de l’esprit et donner à l’homme plus de temps libre pour la culture », sont les piliers de sa conviction, et non l’exhibitionnisme médiatique.

    « L'accès pour tous aux activités de l'esprit. »

    Paradoxalement, et pourtant légitimement, il donne en fonction de sa vision des choses une leçon de politique internationale bien plus proche des fondamentaux gaulliens, que ceux qui s’autoproclament aujourd’hui les héritiers du général. Ainsi, sur l’Iran comme sur la Syrie, il va droit au cœur de ce que devraient être nos intérêts politiques bien compris, soulignant par exemple la nécessité absolue de reconstruire les économies pour donner un fondement à la paix, car « les Iraniens ont besoin de nous dans des domaines comme le génie de l’eau et le génie nucléaire civil ». Il pense, comme moi, que « Fabius a joué contre son propre pays ». Sur l’Ukraine comme sur le maintien de l’OTAN malgré la dissolution du Pacte de Varsovie, cet homme qu’on a dit « américain » reconnaît qu’il y a eu « provocation occidentale ».

    L’on constatera que sur l’Europe, nous n’étions pas d’accord. Et pourtant, il avait au cours des dernières années mieux compris mon combat, reconnaissant que l’Union se discréditait elle-même et était en train de disparaître. Souhaitant le Brexit, il y voyait ce qui pouvait « conduire l’Europe à se reconstituer et à construire enfin, par exemple, une relation avec la Chine ».

    Je pense à ce jour de 2012 où, lors de la présentation des candidats à l’élection présidentielle au Conseil économique, social et environnemental, il déclara publiquement que j’étais le candidat le plus compétent en économie, tout en se demandant pourquoi j’allais m’égarer dans la galère de l’élection présidentielle. Je veux en cette année 2016 et sur ce point, lui donner une seconde fois tort. Je suis sans doute plus près de ses attachements profonds et de sa manière d’être que d’autres qui s’en réclament.

    « Le petit peuple de France sent bien qu’il est gouverné à court terme et que c’est mauvais ». On ne peut se dérober à sa défense et à celle de la paix du monde.


    L’édito de Jacques Cheminade est publié tous les 15 jours dans le journal Nouvelle Solidarité.