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    Mars et l’hôtesse de l’air

    jeudi 29 octobre 2015

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    Jacques Cheminade
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    On parle partout de Mars, depuis que la NASA a confirmé l’existence d’eau sur la planète et que Seul sur Mars passe sur nos écrans. Les journalistes qui avaient tenté de ridiculiser le volet spatial de mon programme pendant les élections présidentielles de 2012 devraient en manger leur chapeau. Cependant, rares sont ceux qui aujourd’hui mesurent le caractère fondamental du débat. Il y a ceux qui traitent Seul sur Mars de nanar intersidéral, incapables de comprendre ce que signifient un phénomène de société et un changement de manière de voir. Il y a ceux qui ne retiennent que l’aspect hollywoodien de la chose, comme s’il s’agissait de Robinson Crusoé recyclé en jeu vidéo. Et enfin, ceux qui se répandent en considérations techniques sans mesurer la rupture avec un mode de vie et des rapports sociaux de production que signifie l’exploration spatiale.

    Cessons donc de regarder le doigt et réfléchissons à ce vers quoi il pointe. L’exploration spatiale est un levier pour réaliser les objectifs communs de l’humanité. Oui, de l’Humanité, telle que la concevaient Pierre Leroux et Jean Jaurès, rassemblée autour d’un projet qui la porte au-delà d’elle-même. En un mot, le grand projet de l’espace du XXIe siècle est ce qui doit remplacer les mobilisations de guerre du malheureux XXe siècle. Car il doit unir au lieu de diviser. Il exige en effet des moyens qui dépassent ceux d’un seul pays et une mobilisation des économies en profondeur qui ne pourra se faire sans justice sociale et créativité partagée. Si l’on veut résumer, on peut dire que l’ascenseur social et l’ascenseur spatial doivent aller de pair si l’on veut qualifier les êtres humains pour la réalisation de l’aventure.

    Déjà, dans le rover américain Curiosity, la caméra qui analyse les roches par volatilisation, la ChemCam, est française, de même que les superfiltres de l’engin. De plus, c’est la première fois que la NASA accepte qu’une de ses missions soit pilotée en partie par des non-Américains, c’est-à-dire par nous ! Quant au rover de la mission ExoMars 2018, de l’Agence spatiale européenne, il sera lancé par une fusée Proton russe. On voit bien ainsi s’esquisser à long terme une coopération spatiale qui dépasse les frontières nationales en donnant à chaque nation sa part du projet. Ce n’est ni un monde unipolaire, de domination impériale, ni un monde multipolaire, dont les rivalités entre puissances conduiraient à des conflits. C’est un monde nouveau, incompatible avec la domination de la City et de Wall Street, car il repose sur des projets à long terme bénéfiques pour tous, et non sur le court terme financier prédateur et destructeur.

    C’est pourquoi les politiques doivent se battre pour ce monde de demain, afin de changer le nôtre ! Car dans le nôtre, on ne pense plus positif, on refuse l’autre, on ne le reçoit plus avec un beau visage. Au lieu de former à créer face à l’inconnu, on formate les pilotes de ligne sur la base de protocoles à apprendre par cœur. Quant aux hôtesses de l’air de compagnies hors la loi, comme Ryan Air, on les exploite en les escroquant de leurs heures de travail au sol (le flight duty period) et en ne leur payant misérablement que leurs heures de vol (le flight time). Et en les soumettant à un véritable servage social, un monde où elles doivent être disponibles pour tous les caprices de rentabilité de leurs employeurs. Au lieu de développer les économies en profondeur, on pille leur substance, comme ces sociétés qui rachètent leurs propres actions pour en faire monter le cours grâce au crédit gratuit offert par les banques centrales.

    C’est donc pour marcher enfin la tête haute que l’on doit regarder vers l’espace, vers une aventure raisonnée dans laquelle on respecte la capacité créatrice de chacun et, simplement, son droit à une vie digne. La politique consiste à se battre pour ce droit et cette capacité.