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    Les premiers pas d’Armstrong ne doivent être que le début de nos voyages

    dimanche 26 août 2012

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    Jacques Cheminade
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    jeudi 15 décembre à 19h30

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    Neil Armstrong vient de mourir le 25 août, après avoir fêté le 5 son 82e anniversaire et vu Curiosity toucher la poussière de la Planète rouge. Puissions nous désormais être fidèles à l’élan de la NASA en l’élargissant à la dimension d’une grande aventure spatiale qui incarne les objectifs communs de l’humanité.

    En 1969, résumait Neil Armstrong, pour que je puisse faire mes premiers pas sur la Lune il avait fallu la mobilisation de 20.000 entreprises, 300.000 hommes et 3% du Produit intérieur brut américain. Je n’ai été, ajoutait-il, que « la tête de cette pyramide ». Curiosity a exigé une mobilisation de même nature, auquel la France et l’Allemagne ont participé, et un investissement de 2,5 milliards de dollars.

    Ce ne doit être qu’un début. On entend déjà les voix de l’abandon et de l’impuissance dire « à quoi bon ? ». La réalité est que dans le système économique et financier actuel, on ne pourra pas financer les ressources nécessaires pour la suite. C’est donc de système qu’il faut changer, en rétablissant la priorité des grands projets sur la survie à court terme d’une oligarchie financière qui nous condamnerait à un hiver de la culture faute de réelle ambition et à une politique criminelle de dépopulation forcée faute de créer les ressources pour l’avenir.

    Une politique spatiale est non seulement nécessaire par les connaissances qu’elle nous apporte sur notre passé, les pistes qu’elle ouvre pour notre avenir et les immenses retombées technologiques qu’elle induit, mais surtout parce qu’elle met l’esprit humain à l’épreuve, le contraignant à découvrir et à inventer ensemble face à l’inconnu et non à réduire son rôle à celui d’un prédateur de ressources rares portant en lui le conflit et la guerre.

    Sylvestre Maurice, du CNRS, nous dit bien que « les misions Apollo nous ont apporté des connaissances essentielles pour la compréhension du système planétaire. La Lune est la mémoire de toutes les planètes, alors que la Terre oublie tout ». Mieux encore, la Lune contient de l’hélium 3, un gaz rare qui permettra de fournir l’énergie indispensable à des missions plus lointaines dans l’espace. Surtout, à partir de Mars et de la Lune nous pourrons non seulement mieux connaître les trajectoires des astéroïdes et des comètes qui peuvent menacer la Terre, mais savoir plus exactement leur origine, leur mode de fonctionnement d’ensemble et prévoir les mesures à prendre pour nous en défendre.

    Aujourd’hui, Barack Obama aux Etats-Unis privatise le programme spatial et en fait l’arrête, pour servir les intérêts de Wall Street et de la City, qui ne veulent pas qu’un Etat le prenne en charge et rétablisse un optimisme créateur allant à l’encontre de leur idéologie du profit financier, toujours réalisé au détriment d’autrui. Il est peu connu en France que Neil Armstrong et Gene Cernan, le premier et le dernier américain qui ont marché sur la Lune, sont tous deux venus dénoncer en mai 2010, devant le Congrès américain, la « médiocrité dévastatrice » de la politique de restrictions budgétaires de Barack Obama, qui avait annulé le programme Constellation de retour sur la Lune. On y a déjà été, ce n’est pas urgent d’y revenir, nous dit un Président américain qui aujourd’hui porte en lui une politique de domination militaire et de guerre sur Terre. A quoi Armstrong répond : « c’est comme si on avait dit au XIXe siècle on n’a plus besoin d’aller à l’Ouest du Mississipi puisque les explorateurs Lewis et Clark y sont déjà allés ».

    En Europe, nous avons aussi réduit notre financement de la politique spatiale.

    Nous devons vite revenir à notre engagement des années soixante du XXe siècle. En les portant bien plus loin. Car nous avions alors à la fois une politique spatiale hardie et un ascenseur social en marche. Aujourd’hui les deux se sont arrêtés, et si nous ne changeons pas radicalement de politique, les pas de géant de l’humanité accomplis entre Apollo 11 et Apollo 17 seront les derniers.

    Les gens qui pensent dans le présent, et donc servent consciemment ou pas les intérêts des prédateurs financiers à court terme, se sont moqués de mon ambition spatiale lors de la campagne présidentielle. Il est temps qu’ils se mettent à penser avec les yeux du futur, car sinon leur présent, qui est hélas aussi le nôtre, nous conduira à la guerre de tous contre tous, faute d’objectifs communs.

    Jacques Cheminade