Libérons-nous de l'occupation financière
  • J’agis !
  • La contre-révolution européenne

    vendredi 2 mai 2014

    Partagez l'article

    Jacques Cheminade
    répond à vos questions

    En direct - Tous les mois

    Prochain Live
    jeudi 15 décembre à 19h30

    Page spéciale

    L’Europe et la présidence de François Hollande ont un point commun : l’une fait le contraire de ce pourquoi elle a été théoriquement conçue, l’autre, le contraire de ce pourquoi il a été élu. L’Europe devait assurer l’union entre les peuples européens et devenir exemplaire pour le monde. Aujourd’hui, elle dévore un à un ses propres enfants. Notre gouvernement pratique la même logique à l’échelle nationale et se soumet à ceux-là mêmes que le discours du Bourget prétendait combattre. La libéralisation financière, objectif accepté dès le départ par les pères de l’Europe et endossé par François Hollande et ses conseillers, est le vice partagé qui explique la destruction de nos économies et la désintégration de nos nations. Car le pouvoir réel a non seulement été livré par les institutions européennes aux maîtres du jeu que sont l’oligarchie de la City, de Wall Street et de leurs paradis fiscaux, mais l’Union européenne (UE) est organisée comme leur courroie de transmission sur notre continent.

    C’est ce dessein dominateur et destructeur qui, seul, peut expliquer la nature du piège dans lequel nous sommes tombés et dont nous devons sortir, non par illusion d’un repli national mais par nécessité de ne plus continuer à nous faire broyer au sein d’un système qui tue. Voici le fonctionnement de cette machine infernale :

    1. C’est la libéralisation des marchés, plus encore que la libération des échanges, qui a été le principe de fonctionnement d’une Europe soumise à des forces extérieures à elle. Ses dirigeants en ont été les collaborateurs, à l’exception de Charles de Gaulle. La libéralisation a visé à instaurer la concurrence de tous contre tous par les prix, donc la domination absolue des marchés de capitaux. Sous couvert d’égalité et de liberté, elle a organisé la domination des puissants en empêchant les faibles de protéger leur économie. C’est la politique de la liberté du renard dans le poulailler, avec pour conséquence que le renard tue les poules d’abord pour se nourrir, puis par plaisir de les tuer. Pensons un instant aux propos tenus sur les pays du « Club Med » ou « PIGS » et à la politique de démantèlement politique, social et humain qui leur est infligée, et l’on verra bien qu’il ne s’agit plus du Roman de Renard, mais de notre propre folie. Dès 1949, Winston Churchill s’est à la fois réjoui du Rideau de fer s’élevant entre l’Europe occidentale et l’Europe orientale et de l’inspiration libérale se diffusant dans toute l’Europe occidentale.
    2. L’euro, sans connexion avec l’économie réelle, a joué dès le départ le rôle d’instrument de la libéralisation financière. La monnaie européenne a été conçue pour permettre l’intégration de l’Europe dans la « globalisation » de l’Empire britannique, renaissant de ses cendres coloniales pour devenir, avec son réseau de paradis fiscaux, une oligarchie monétariste hors sol.
    3. L’ensemble supranational européen prive de leur pouvoir les peuples et les nations pour les livrer à cette oligarchie financière. Comme il ne peut y avoir de peuple supranational, il a été créé un système d’experts pour contraindre par la dette. La France est ainsi devenue la poule mouillée de l’Allemagne, elle-même oie blanche de la City. Un bref examen de la situation de BNP-Paribas et de la Deutsche Bank, submergées de produits financiers dérivés, suffit à illustrer ce point.
    4. Comme le dit si justement Coralie Delaume, « la Commission, la Banque centrale européenne, la Cour de justice de l’Union sont des structures expertes qui se sont vu confier (ou se sont arrogé) des pouvoirs exorbitants, mais dont les membres ne sont pas élus et dont l’action échappe à tout contrôle démocratique ».
    5. Cette Europe-là se trouve directement associée à l’OTAN, branche armée de l’oligarchie financière.
    6. La Commission européenne, héritière de la Haute autorité de la CECA, a le monopole de l’initiative législative. Elle est le bastion du « techno-atlantisme », qui bureaucratise et déréglemente à tout va.
    7. La Cour de justice de Luxembourg impose la supériorité du « droit européen » sur les droits nationaux. Or, comme l’UE est un grand marché, il s’agit bien de défendre des consommateurs et des marchands contre les Etats, non de rendre justice à des citoyens.
    8. La Banque centrale européenne est le bras financier qui encadre l’ensemble, vouée à la « réforme structurelle » si chère à Mario Draghi, visant à réduire à leur plus simple expression le droit du travail et les droits sociaux.

    Voilà donc le piège dont une immense majorité d’Européens voudraient sortir, s’ils n’étaient pas enfumés par un flot de contre-vérités. Nous sommes dans une Europe occupée, au sein de laquelle le Parlement pour lequel on nous offre de voter le 25 mai n’est qu’une Assemblée croupion, qui doit passer par la Commission non élue pour pouvoir proposer une loi ! Pire encore, si elle vote, c’est corsetée par les puissances de l’argent. Faut-il donc voter pour se soumettre à des chaînes et à sa propre destruction ?

    Jacques Cheminade


    Ce texte est disponible au format tract ICI