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  • Industrialiser l’Afrique : une mission franco-chinoise !

    samedi 26 novembre

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    Jacques Cheminade
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    jeudi 15 décembre à 19h30

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    Je salue la création, le 14 novembre dernier, lors du passage à Paris du vice-Premier ministre chinois, d’un fonds franco-chinois de 300 millions d’euros destiné à aider les entreprises à investir en pays tiers, notamment en Afrique et en Asie. Ce fonds qui sera géré, côté France, par la CDC (Caisse des dépôts et consignations) International Capital, et côté Chine, par le fonds souverain chinois CIC, pourra monter jusqu’à 2 milliards d’euros en s’ouvrant à d’autres investisseurs institutionnels français et chinois.

    Je suis particulièrement sensible aux raisons qui ont abouti à créer ce fonds et à la conception gagnant/gagnant qui en est sous-jacente. « Plutôt que d’être en concurrence frontale en Afrique, nous investirons en partenariat », a déclaré le président de la CDC IC, Laurent Vigier, notant qu’en échange, « cette alliance facilitera notre entrée sur les marchés asiatiques qui restent difficiles à pénétrer ».

    Par contre, je suis très déçu par la taille minuscule de ce fonds, pour un continent prêt à décoller qui a besoin de tout en matière de grandes infrastructures. Ne pas voir que dans la dynamique de croissance imprimée par les grands émergents (Chine, Inde, Russie, etc.), l’Afrique sera, dans quelques décennies, un continent en plein développement, témoigne de l’absence de vision qui conduit notre pays dans le mur.

    Pourtant, la déclaration conjointe signée par les Premiers ministres français et chinois le 25 juin 2015 à Paris, qui établit le cadre pour ces projets conjoints en pays tiers, engage les deux partenaires à réaliser « des projets (...) à l’impact majeur pour le pays ou la région » dans les infrastructures, l’énergie, le ferroviaire (grandes lignes et urbain), la sécurité alimentaire et sanitaire et la lutte contre les épidémies. Ces investissements sont le socle minimal pour industrialiser l’Afrique.

    A l’origine, la Chine avait d’ailleurs proposé un fonds beaucoup plus ambitieux de 50 milliards d’euros. Que s’est-il passé ? Pour un représentant de la CDC IC, « les finances publiques françaises ne le permettaient pas ». D’autres évoquent un désaccord au sein du MEDEF. Le groupe Bolloré, qui s’est bâti un petit empire néocolonial en Afrique, ne verrait pas d’un bon œil que la Chine vienne marcher sur ses platebandes. Bolloré, qui n’a pas hésité à dire qu’« on construit un chemin de fer en prévoyant que la ligne va permettre à des projets miniers de se développer », a joint le geste à la parole en rachetant dans les années 1990 l’essentiel de la boucle ferroviaire Abidjan-Cotonou qui roule encore à 36 km à l’heure !

    Je trouverais insupportable que les projets choisis se limitent à construire quelques moulins à vent pour satisfaire un public d’écolos-bobos parisiens, ou des centres commerciaux pour les nouvelles classes moyennes africaines. Pour répondre aux besoins de sa population de plus en plus nombreuse, l’Afrique doit disposer d’énergies denses (hydrocarbures, hydraulique, nucléaire), d’un accès au spatial pour améliorer ses rendements agricoles et d’une télémédecine pour soigner dans ses territoires les plus enclavés.

    La Chine nous offre la possibilité de renouer avec l’Afrique avec un plus beau visage. Ne laissons pas passer cette occasion. Cette fois-ci, aidons l’Afrique à réaliser pleinement son futur !