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    Dealers d’idées

    lundi 28 février 2011

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    Jacques Cheminade
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    jeudi 15 décembre à 19h30

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    Le peuple irlandais vient de donner une leçon de courage politique aux autres peuples d’Europe en votant contre la soumission aux casinos bancaires. Ce sursaut a lieu au moment où les jeunes Libyens, après les Tunisiens et les Egyptiens, se rebellent contre un ordre injuste imposé depuis plusieurs dizaines d’années. En même temps, au Wisconsin, en Ohio, en Indiana et dans plusieurs autres Etats américains, syndicalistes et étudiants manifestent par centaines de milliers contre la politique d’austérité salariale des nouveaux élus « républicains », à laquelle Obama ne s’oppose qu’en paroles.

    Ces évènements, que l’on présente dans nos médias comme autant de choses distinctes, sont des réactions de révolte de même nature, même si leurs expressions sont différentes, face à une politique de désintégration économique et de décomposition sociale.

    Ce qui frappe, c’est de voir nos responsables dealer des idées au lieu d’agir, pour tenter de gagner du temps ou du pouvoir, comme si les idées étaient des marchandises ou des titres en bourse. Les sophismes et les contrevérités volent en escadrille.

    Le porte-parole de la Commission européenne, Olivier Bailly, a expliqué qu’on n’avait pas trouvé de « preuves  » du lien entre spéculation et flambée du prix des matières premières. Le président de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke, écarte de même « l’idée que les politiques de son institution sont responsables des sommets record atteints par les prix de l’alimentation » . Pendant ce temps, la Société générale ou la BNP offrent des produits dérivés pour jouer sur les matières premières. Jean-Claude Trichet nous assure que « depuis la création de l’euro, en zone euro, 14 millions d’emplois ont été créés » , mais oublie de mentionner que la population active de la zone a, elle, augmenté de 16,5 millions. Il est vrai que pour M. Trichet , « augmenter les salaires serait la dernière bêtise à faire  ».

    Dans ces conditions, les entreprises défendent une politique de « sobriété salariale » , alors que les produits de consommation de tous les jours, pain, confiture, café, essence vont augmenter en raison de ce que M. Bernanke et la Commission européenne disent ne pas voir : la flambée des cours du blé, du cacao, du riz, du sucre ou de l’essence, due à la spéculation. On comprend dès lors que les révoltes arriveront inexorablement en Europe. N’a-t-on pas déjà chez nous, aujourd’hui, 6,5 millions de personnes qui gagnent moins de 750 euros par mois ?

    On pourrait croire, face à cela, que ceux qui dénoncent cette « société exécrable » traitent de vraies questions de fond et proposent de vraies solutions. Eh bien, ils se gargarisent de produits qui ont bonne allure, comme ceux des supermarchés, mais qui masquent les additifs et les conservateurs nocifs. L’exemple de cette semaine a été donné par le Front national. Alors que Marine Le Pen défend désormais de Gaulle, le service public, la laïcité et l’Etat régulateur, les jeunes de son parti distribuent à l’entrée du Salon de l’agriculture des tracts « Décidons chez nous…Hallal : préservons notre culture » et elle-même, à l’intérieur, dit « vouloir repousser les migrants dans les eaux internationales » . On flatte ainsi les instincts les plus médiocres en arborant des apparences qui trompent. Sur fond de Sarkozy et d’UMP ouvrant le débat sur l’islam en France, on voit bien où vont les réelles convergences.

    Il est donc plus que jamais temps de se battre pour de vraies idées, pour donner aux peuples qui exigent justice les moyens de la mettre en place, sans discriminations ni tromperies sur des marchandises de synthèse. 

    Jacques Cheminade