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Christine Bierre (Cheminade) au colloque sur l’Islam en France

lundi 17 avril

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Jacques Cheminade
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jeudi 9 février à 19h30

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« Les onze candidats à l’élection présidentielle face à la question de l’islam ». Un important Colloque sur ce thème a été organisé le 14 avril 2017 par Mezri Haddad, président du Centre international de Géopolitique et de Prospective Analytique (CIGPA) et par la Confédération des Républicains Musulmans de France (CRMF) pour que les candidats présidentiels ou leurs représentants se prononcent sur question cruciale qui n’a pas eu le traitement qu’elle méritait durant toute la campagne.

Si le Colloque n’a pas été ouvert au public afin que les débats puissent se tenir dans les meilleurs conditions, ce sont des personnalités religieuses et des experts sur l’Islam qui ont été invités pour interroger les représentants de candidats, avec intelligence et sans complaisance, sur leurs propositions sur la question.

Au cœur des débats, leurs positions sur la loi de 1905 qui a séparé l’église de l’État. Faut-il la réformer, ou doit-elle être encore la base de l’organisation d’une laïcité positive dans notre pays ? Autre question clé : doit-on créer un Islam de France, et si oui, est-ce à l’Etat de le créer ou bien à la communauté musulmane elle-même ? Enfin, quelles sont les conditions nécessaires à la pleine intégration des musulmans dans la France d’aujourd’hui.

Six candidats se sont fait représenter au Colloque :

  • Christine Bierre pour Jacques Cheminade ;
  • Malika Sorel, pour François Fillon ;
  • Jean-Pierre Mignard, pour Emmanuel Macron ;
  • Djordje Kusmanovic, pour Jean-Luc Mélenchon ;
  • Pascal Cherki pour Benoit Hamon ;
  • Florian Philippot pour Marine Le Pen.

Ci-dessous, la vidéo suivie de la transcription de l’intervention de Christine Bierre.

Bonjour à tous.

Merci M Haddad, président du Centre International de Géopolitique et de Prospective Analytique, merci aussi à la Confédération des Républicains Musulmans de France d’avoir donné à tous les candidats à l’élection présidentielle l’occasion de parler de cette question absolument cruciale pour le futur de notre pays qu’est l’Islam de France.

Mesdames, Messieurs,

Des terribles attentats se sont produits dans notre pays : Charlie Hebdo, le Bataclan, Nice, l’effroyable égorgement du prêtre Jacques Hamel, à Saint-Etienne-du-Rouvray.

Face au choc profond provoqué par ces attentats, une majorité de la population, des Eglises, et de la représentation nationale a réagit de façon adulte et responsable, cherchant à comprendre la cause de ces événements et à maintenir l’unité de la nation. D’autres malheureusement ont tenté de surfer sur la vague de peur provoquée par ces événements pour obtenir des gains électoraux en faisant de l’Islam en général, et des musulmans en particulier, les boucs émissaires de cette terrible crise. Doit-on encore rappeler cette ridicule querelle du burkini ?…

Jacques Cheminade a dénoncé toute volonté d’amalgamer musulmans et djihadistes, Islam de raison et islamisme radical. Dans la partie de son programme consacrée à la lutte contre le terrorisme, il explique que la victoire contre ce fléau ne peut se limiter à l’empilement de mesures de sécurité, mais qu’elle doit passer par des réformes profondes dans trois domaines : sécurité publique, sécurité sociale et sécurité nationale.

Au niveau de la sécurité publique, il s’agit d’utiliser pleinement les possibilités de la loi du 21 juillet 2016 et du code civil, pour mieux coordonner l’action des polices et notamment des renseignements intérieur et extérieur, d’abord au niveau français, puis au niveau européen, en rapprochant le système Schengen 2 d’un Europol renforcé, à partir d’un centre de lutte opérant sous la responsabilité du Ministère de l’Intérieur et du Président de la République.

Contrairement aux méthodes américaines de collecte de données par bouclier informatique, il favorise le « renseignement à la française » en créant une vraie Direction générale du renseignement territorial travaillant en coordination avec un membre de la DGRI dans les toutes les prisons. Il propose de recruter 10.000 policiers, de renforcer la police de proximité, mais aussi d’améliorer la situation dans les prisons pour éviter qu’elles deviennent des viviers de terroristes, en construisant 10.000 nouvelles places et en créant 2000 postes de conseillers de probation et d’insertion. Il propose enfin l’interdiction des jeux vidéo violents (actes de torture, de crime et tirs instinctifs) et de pénaliser plus lourdement la consultation répétitive de sites djihadistes.

Jacques Cheminade s’attaque également aux conditions qui, dans nos banlieues, ont conduit un certain nombre de jeunes issus de la communauté maghrébine, à rejoindre Daesh. Force est de constater, dit-il, que la quasi totalité des assassins djihadistes ont passé des centaines et des centaines d’heures sur les bancs de nos écoles.

L’antidote au terrorisme est donc un « projet de société porteur de sécurité sociale ». Une guerre doit être menée contre les structures inégalitaires qui rendent la vie invivable et la priorité absolue doit être d’établir partout « la sécurité qu’offre le droit à un logement, à une nourriture saine, à un emploi et à la santé publique ».

Enfin, Jacques Cheminade dénonce sans ambiguïté la cause immédiate du terrorisme qui nous frappe et propose les conditions pour rétablir notre « sécurité nationale ».

Commençons ici par ce qui blesse, dit-il, ce sont les guerres menées, comme nous l’avons fait, sans le moindre discernement dans des régions du monde où rien ne nous imposait d’intervenir, qui ont exacerbé les rancœurs, l’émigration et le terrorisme. A la suite de la puissance américaine, nous sommes intervenus en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie en déstabilisant des régimes qui étaient, certes, des dictatures, mais pour livrer ces pays à des guerres ethniques, inter-tribales et religieuses qui y ont répandu la destruction.

Nous avons, avec les autres gouvernements occidentaux, pratiqué une politique d’intervention, en fomentant les dissensions et même en laissant l’Arabie saoudite et le Qatar, par l’entremise de leurs services et organismes de ’bienfaisance’, alimenter le djihadisme. Nous devons donc changer de politique en revenant aux principes du gaullisme reposant sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, en reconnaissant l’existence des Etats et non en cherchant, pour des raisons intéressées, à fomenter des changements de régime.

« Concrètement, cela signifie, dit Jacques Cheminade, ne plus faire d’un homme comme le prince Bandar notre interlocuteur en Arabie saoudite et ne plus se flatter de vouloir établir un ’partenariat de référence’ avec ce pays dont les 28 pages tirées du rapport du Congrès américain sur le 11 septembre, qui ont finalement été publiées, montrent bien l’implication, directe ou indirecte, dans les attentats terroristes ».

Et Jacques Cheminade de proposer d’organiser à Paris un sommet avec les pays concernés, du Maghreb, du Golfe, d’Afrique et du monde entier, pour en finir avec ce combat géopolitique destructeur qui prend en otage les Français musulmans et chacun d’entre nous, pour en finir avec la menace en la combattant ensemble et en définissant l’ordre de développement mutuel qui en supprimera les conditions d’existence. Il faut mettre en place un Plan Marshall pour le sud de la Méditerranée.

Au cours de sa rencontre avec le Président libanais Michel Aoun, le 7 avril dernier, Jacques Cheminade a noté que « tant que la Syrie, la Libye et les pays de cette zone ne seront pas stabilisés et reconstruits, on ne pourra pas éradiquer le djihadisme terroriste ». Il a aussi souligné la nécessité de soutenir en particulier le Liban qui, avec deux millions et demi de réfugiés, pourrait devenir lui aussi une poudrière.

Alors, tout cela est la faute à l’Islam ?

Sur cette question, Jacques Cheminade fait un rappel historique. Les plus âgés d’entre nous ont tous connu un Islam de progrès, dont quelqu’un comme Habib Bourguiba a pu être une référence.

La guerre contre l’Islam, rappelle Jacques Cheminade, a été lancée de l’extérieur, notamment à l’aide du livre de Samuel Huntington, Le Choc des civilisations, paru en 1997.

A la recherche d’un nouvel ennemi après la chute du communisme, l’oligarchie financière américaine dont Huntington est le porte-parole, a déclenché une vaste opération de « diviser pour régner », en prétendant qu’il était impossible pour les « chrétiens » de cohabiter avec « les islamo-confucéens ». La volonté des Anglo-américains de provoquer l’implosion des Etats du Proche et du Moyen-Orient, a conduit ensuite à une radicalisation des musulmans, de plus en plus stigmatisés, créant un terreau pour les dérives djihadistes.

A la question de savoir s’il serait prêt à renvoyer tous les imams qui ne prêchent pas en Français, ceux qui sont financés par l’étranger et ceux qui appartiennent à des mouvements extrémistes, Jacques Cheminade est prêt à se montrer implacable vis à vis des imams qui prêchent la djihad et des mouvements extrémistes, en utilisant toutes les possibilités de la loi du 21 juillet 2016 et du Code civil.

Pour le reste, il est favorable au développement d’un Islam de France qui se développe dans les conditions économiques, politiques et sociales de la France et qui permette au culte musulman de récolter des fonds et de former des imams, y compris à la langue française, sans passer par les pays qui promeuvent le djihad comme l’Arabie Saoudite et le Qatar. Il a trouvé tout à fait intéressante l’initiative récente de l’Institut catholique d’organiser des formations sur la culture française pour les imams.

Cependant, Jacques Cheminade ne pense pas que c’est à l’Etat français d’intervenir directement, à travers telle ou telle fondation, celle qui avait été fondé par Dominique de Villepin ou celle dirigée aujourd’hui par Jean Pierre Chevènement, mais qu’il faut que l’Etat donne les moyens aux musulmans de s’organiser eux-mêmes.

Mais il faut aller encore plus loin, et développer des solutions de fond pour retrouver le vouloir vivre ensemble dans notre pays, déjouant ainsi tous les scénarios de guerre civile élaborés par les djihadistes contre notre pays.

D’abord en rétablissant toutes les conditions de la Loi de 1905 qui définit une laïcité positive pour le pays – et rien que ces conditions. Elle garantit une liberté de conscience pour ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, mais punit les dérives intégristes ou les campagnes de haine contre ceux qui pratiquent ou ne pratiquent pas.

Elle sépare l’Etat de la religion en stipulant que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte », et que ses employés ne doivent pas porter de signes religieux dans l’exercice de leurs fonctions. Elle permet cependant aux fidèles de porter de signes religieux sur la voie publique, mais oblige désormais les élèves et étudiants à ne pas porter des signes religieux ostentatoires à l’école, pour leur propre sécurité. Elle interdit le port de la burqa sur la voie publique.

Contrairement aux approches communautaristes ou séparatistes, cette loi définit le plus petit commun dénominateur pour chercher à vivre ensemble, manger ensemble, étudier ensemble, nager ensemble, sans que pour autant une norme s’impose uniformément à tous.

Cependant, Jacques Cheminade veut aller plus loin pour contrer toute tentative de nous diviser. Il veut donner un socle à cette loi qui pourrait être fourni par un dialogue de religions et des humanismes et un dialogue des cultures, orienté vers la pratique de la solidarité et de la justice sociale que toutes partagent.

Dans l’esprit de cette idée magnifique qui nous vient du judaïsme et qui nous enjoint à « recevoir tout homme avec un beau visage » dans le Traité Avoth (Pères) ; mais aussi de celle de ce hadîth du Prophète qui dit « il n’a pas foi en moi, celui qui s’endort repu tandis que son voisin, à ses côtés, a le ventre vide » ; et celle de Jean-Paul II qui dit dans Centesimus annus : « Il faut surtout abandonner la mentalité qui considère les pauvres – personnes et peuples – presque comme un fardeau, comme d’ennuyeux importuns qui prétendent consommer ce que d’autres ont produit. (…) Le progrès des pauvres est une grande chance pour la croissance morale, culturelle et même économique de toute l’humanité ». Il y a enfin cette belle idée de Jaurès, qui combattit aux côtés d’Aristide Briand en faveur de la loi de 1905, et qui, dans Le Socialisme et la vie, reformule de façon laïque ces mêmes préceptes : « Tout individu humain a droit à l’entière croissance. Il a donc le droit d’exiger de l’humanité tout ce qui peut seconder son essor. Il a le droit de travailler, de produire, de créer, sans qu’aucune catégorie d’hommes soumette son travail à une usure ou à un joug. »

Pour Jacques Cheminade, l’esprit de la laïcité est celui où ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas, combattent côte à côte pour la dignité et la justice pour tous.

C’est aussi dans ce dialogue de religions et de cultures, et de ce qu’elles ont de meilleur à partager entre elles, que Jacques Cheminade veut situer le combat contre l’irrationalisme dans les religions, sans rejeter toute transcendance et esprit religieux, pourvu que foi et raison ne soient pas opposés.

Dans l’Islam, parmi ceux qui veulent s’intégrer à la communauté nationale, dit-il, il y a un débat entre deux courants : il y a ceux envers qui va notre soutien, qui défendent une vision de l’Islam capable de restituer le Coran dans son esprit et dans ses sources et sont prêts à l’examiner de ce point de vue comme les Chrétiens l’ont fait avec la Bible, et il y en a d’autres qui disent, au contraire, que seuls les textes comptent et rien d’autre. Il faut se moquer de ces derniers : « Pensez-vous que le prophète Mohamed avait raison sur tout, qu’il a pu interpréter à la virgule près la parole de Dieu et que tous ceux qui l’ont interprété après ont pu le faire aussi ? C’est hérétique ! » Il faut prendre les choses de cette façon, avec un humour dévastateur. C’est en allant au fond de choses, et au fond de ce qu’est la forme de pensée de l’être humain, qu’on empêchera la guerre de tous contre tous.

C’est ici aussi le lieu approprié pour manifester la complémentarité entre une véritable science et une spiritualité rétablies dans leur essence originelle. La science est la capacité dont dispose l’homme de découvrir, de comprendre et d’appliquer les principes universels nécessaires à son espèce pour survivre et prospérer. La science est sa rencontre avec l’universel, où il découvre, non telle ou telle chose, mais la manifestation de l’univers tout entier agissant au moment où il l’observe. Cet accueil de l’univers, dit Cheminade, est l’autre face de l’accueil d’autrui et constitue ce qui est fondateur de l’espace public.

C’est par ces différentes approches qu’on pourra rétablir notre unité et éviter la guerre de tous contre tous. Voici les sages paroles de Jacques Cheminade qui pense que face aux turbulences que nous vivons aujourd’hui, il faut surtout garder le regard résolument tourné vers la France avec les yeux du futur.


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