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    mercredi 12 juin 2013

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    Jacques Cheminade
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    jeudi 15 décembre à 19h30

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    L’édito de Jacques Cheminade


    Les responsables politiques de notre pays me font penser à ces aveugles en haillons, peints par Brueghel l’Ancien pour illustrer la parabole du Christ adressée aux Pharisiens : « Si un aveugle guide un aveugle, ils tomberont tous deux dans la fosse. »

    François Hollande a déjà trébuché en nous assurant depuis le Japon  : « Il faut bien comprendre que la crise dans la zone euro est terminée. »

    Car la fosse est ouverte devant nous : les 28 mégabanques du monde, parmi lesquelles les quatre grandes françaises, ont pris le contrôle d’un système techniquement en faillite. Leurs engagements sur les produits financiers dérivés (des paris sur des prix futurs) représentent en effet 428 fois leurs fonds propres « durs ». Autant dire qu’elles ne peuvent pratiquement rien mobiliser pour faire face. Nos quatre « grands » établissements français ont à eux seuls 118 000 milliards de dollars d’engagements bruts, soit 45 fois notre produit intérieur brut annuel ! Vu cette situation catastrophique, il a été préparé ce qui est de fait un mécanisme de liquidation en cas de faillite, qu’on a baptisé « résolution ».

    A l’échelle du monde, les chefs de gouvernement du G20 ont créé un Conseil de stabilité financière (Financial Stability Board) , hébergé et principalement financé par la Banque des règlements internationaux (BRI) de Bâle. C’est ce Conseil, une association de droit suisse, qui a organisé, en cas de défaut, la mise en œuvre d’un « bail out » (renflouement externe de la banque, au détriment des contribuables) et d’un « bail in » (renflouement interne au détriment des actionnaires, des créanciers obligataires et des déposants). Ainsi, ce qui a été fait dans le cas des banques chypriotes peut être considéré comme une première mise en jambes, de même qu’en Espagne, la spoliation des détenteurs de titres « préférentiels » de Bankia.

    A l’échelle de l’Union européenne, François Hollande et Angela Merkel se sont entendus pour créer une Autorité de résolution bancaire, sous les ordres de la Commission européenne. Ce sera le relais de fait du Conseil de la BRI. En France, on a bien un Fonds de garantie disposant de 2 milliards d’euros pour couvrir les dépôts inférieurs à 100 000 euros en cas de défaillance. Cependant, les dépôts supérieurs ne seront pas couverts et seront donc livrés au « bail in ». Quant aux dépôts inférieurs, 2 milliards seront évidemment insuffisants, d’autant plus que la réforme Moscovici prévoit d’associer le Fonds de résolution au Fonds de garantie, qui en prendra d’abord les maigres ressources !

    Voici donc ce qui se trouve derrière la satisfaction exprimée par François Hollande : un syndic de faillite de l’oligarchie, du même type que celui institué pendant les années trente du XXe siècle sous l’égide de la BRI. Hier, Hjalmar Schacht, le financier d’Hitler, y joua un rôle fondamental avec ses associés des banques de la City et de Wall Street ! Aujourd’hui, l’histoire bégaye.

    Chez nous, la fosse s’ouvre avec les mesures anti-sociales que le gouvernement doit prendre et qui font saliver d’aise Françoise Fressoz et ses amis du Monde. Les éditoriaux du Figaro , eux, visent ouvertement à envoyer par le fond ce que les socialistes auront laissé de « l’exception française ». Enfin, vient le « politologue » Patrick Buisson, annonçant un retour de Nicolas Sarkozy, chevauchant l’émergence d’un « populisme chrétien » sentant le Maurras relooké : travail pillé, patrie livrée à la dictature financière et famille-refuge impuissante.

    Il est temps de définir une espérance pour tous et de se battre contre nos vrais ennemis, et non de rendre les aveugles encore plus aveugles en les enfumant de vapeurs sociétales et de fausse monnaie « européenne ».


    L’édito de Jacques Cheminade est publié tous les 15 jours dans le journal Nouvelle Solidarité