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    Aveuglement national

    mardi 12 novembre 2013

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    Jacques Cheminade
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    jeudi 15 décembre à 19h30

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    L’édito de Jacques Cheminade

    Face à la désintégration de l’économie mondiale, au mépris du travail humain et à la menace latente d’un conflit mondial que cette crise engendre, notre pays se laisse gagner par un vertige suicidaire. Comme Narcisse, il regarde son image dans un miroir, mais c’est pour se dénigrer et s’enrager. L’on en arrive ainsi à un climat de jacquerie et de fronde, faute d’hommes de caractère capables de tenir une grande querelle et de se battre pour un dessein.

    Nos institutions elles-mêmes se trouvent mises en cause. S’en prendre au président de la République lors du recueillement national du 11 novembre exprime en effet un état de désobéissance civile qui dépasse la personne de François Hollande et atteint l’ensemble des élites politiques, économiques et administratives. Après le rejet du césarisme présidentiel de Nicolas Sarkozy, qui par calcul met aujourd’hui en scène sa vie intime, la normalité désarmée et sans principes de François Hollande suscite la haine des « réseaux sociaux », rassemblant régionalistes, catholiques intégristes, identitaires, bonnets rouges n’ayant rien de breton et frontistes n’ayant rien de national. Un pays exsangue quémande des moyens et vend des poulets à l’Arabie saoudite, en adoptant ses thèses à Genève, quitte à menacer toute possibilité d’accord de paix en Syrie et d’apaisement vis-à-vis de l’Iran.

    Au nom des chômeurs, de tous ceux qui souffrent au travail, de ceux qui ayant perdu tout espoir se suicident, dans nos fermes comme à Bercy, dans nos casernes de gendarmerie comme à Renault Guyancourt ou à La Poste, au nom de notre histoire et de nos jeunes dont on sacrifie l’avenir, la France mérite mieux. Elle mérite une fois de plus ce que nous ressentons en lisant le programme du Conseil national de la Résistance et en voyant le film Les Jours Heureux , elle mérite que nous fassions revivre en nous-mêmes ce dont ces Français libres et ces Résistants étaient porteurs. Pensant à eux, Romain Gary écrivait : « Ils ne sont pas morts. » Ils ne le seront pas, mais à condition qu’ils vivent en nous et que nous-mêmes aussi décidions de devenir vivants, et non de demeurer robots soumis ou enragés.

    Vivants, cela signifie d’un même élan se soulever contre ce qui est inadmissible et vouer toutes ses forces à faire advenir ce qui est nécessaire par delà l’état présent. Face à une Europe qui a été faite pour se soumettre à une libéralisation financière destructrice, face à un euro qui a été explicitement conçu pour saper les fondements de l’Etat-nation, cela suppose que nous retrouvions le vrai sens du mot nation et refondions à partir de là l’Europe et notre politique internationale. La nation, c’est celle du général de Gaulle, de Pierre Mendès-France et de Pierre Villon, non celle jetée dans le cachot de l’Empire par les Barroso ou repliée sur elle-même par les Marine Le Pen ou les eurosceptiques. La France, c’est une idée, toujours en avant d’elle-même, exemplaire pour la liberté et la fraternité du monde.

    C’est au nom de cette idée que nous devons combattre la City et Wall Street par une séparation bancaire stricte. C’est au nom de cette idée que nous devons arrêter le Monopoly mondial des produits dérivés et l’occupation financière dont nous sommes victimes. C’est au nom de cette idée que nous devons refuser l’escroquerie de la rigueur et ne garder comme dettes légitimes que celles que nous avons contractées envers les générations passées et que nous devons acquitter envers les générations futures : la santé, la recherche, l’éducation des facultés créatrices, le travail humain et les infrastructures. La nation, c’est le contraire d’un monétarisme destructeur, c’est un vouloir vivre en commun se donnant les moyens humains et productifs d’y parvenir. Ai-je cru entendre gaulliste de gauche ?


    L’édito de Jacques Cheminade est publié tous les 15 jours dans le journal Nouvelle Solidarité.