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    Austérité et inflation, les deux poisons du système transatlantique

    mardi 6 septembre 2011

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    Jacques Cheminade
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    De manière brutale, un article du Journal du Dimanche (du 4 septembre) expose les arrière-pensées de l’oligarchie financière dominante : « La correction infligée aux banques par les marchés doit-elle inquiéter les épargnants ? Les experts sont formels. Les grandes banques françaises représentent des risques pour l’ensemble du système économique. Elles ne feront pas faillite. L’Etat les renflouera au prix d’un plan de rigueur beaucoup plus lourd. » Cela s’appelle en clair l’austérité, c’est-à-dire une purge infligée aux producteurs et un saccage social pour sauver les établissements financiers. Cependant, comme le montre le cas de la Grèce, il s’agit non seulement d’une vision prédatrice mais aussi d’une illusion imbécile : une économie et un peuple soumis au joug financier deviennent incapables de rembourser leurs dettes ; leurs comptes se déséquilibrent encore davantage et un nouveau tour de vis s’avère indispensable, jusqu’à ce que la machine infernale conduise à la destruction générale.

    L’on nous dit qu’il y a urgence, que sans l’euro l’Europe s’effondrerait et que la situation deviendrait incontrôlable. Ceux qui le disent refusent de voir que la finance devenue folle n’est déjà plus sous contrôle et que c’est la dérégulation généralisée des Etats occidentaux et le défaut de conception d’un euro placé dès le départ sous domination financière, qui nous ont conduits là où nous sommes ! Dès aujourd’hui, il n’y a plus un euro, mais des euros. En effet, un euro grec avec des taux d’intérêts de 44 % à deux ans et de 18 % à dix ans n’a plus rien à voir avec un euro allemand à 2-2,5 %. Sauver l’euro est devenu une fiction, équivalant à vouloir faire cuire des boules de neige.

    Quant aux banques européennes, elles ne vivent que sous perfusion de la Banque centrale européenne (BCE) et des accords de swap (échanges de devises) avec la Réserve fédérale américaine. Ces banques ne se font même plus confiance entre elles, puisque comme pendant la crise de Lehman Brothers, elles ne se prêtent plus les unes aux autres et préfèrent placer leurs liquidités éventuelles en dépôt auprès de la BCE. Elles ont d’ailleurs raison de ne pas se faire confiance : comme l’ont affirmé Christine Lagarde depuis son nouveau poste au FMI, Hans Hoogervorst, l’homme qui décide de l’élaboration des normes comptables internationales, et Jacques Attali, ces banques manquent toutes de fonds propres par rapport aux critères de Bâle III (capitaux propres par rapport aux actifs engagés) et surtout n’ont pas tenu compte dans leur bilan des risques sur les pays souverains affaiblis. Jacques Attali dit crûment  : « Les engagements des quatre principaux établissements bancaires français représentent plus de 2,5 fois le PIB français, alors que leurs fonds propres sont faibles…Une chose est sûre, le modèle des banques françaises, qui ont fait beaucoup de leurs profits sur les métiers de spéculation pour compte propre et sur l’achat de dettes publiques d’Etats fragiles, n’est pas durable. » Et il ajoute  : « Leurs prêts aux cinq pays européens les plus fragiles représentent trois fois leur capitalisation boursière ! » C’est pourquoi le Crédit agricole, pour insuffisance de liquidité, la Société générale et les groupes italiens Intesa San Paolo et UniCredit seront retirés de la liste de l’Euro Stoxx 50, et Natixis se trouve, elle, retirée du CAC 40, ce qui revient à les lâcher dans la nature.

    Pire encore cependant, la BCE elle-même a dû acheter pour environ 110 milliards d’obligations espagnoles et italiennes, par delà les grecques et les portugaises, alors que ses propres engagements dépassent les 1300 milliards d’euros pour des capitaux propres d’environ 85 milliards ! C’est pourquoi les Barroso et consorts réclament une intervention d’urgence du Fonds européen de stabilité financière et du Mécanisme européen de stabilité pour prendre le relais dans une fuite en avant suicidaire. Ceux qui constatent le péril veulent avant tout sauver les mégabanques et les sociétés d’assurance, au prix d’une inflation se superposant à l’austérité. C’est la politique des Lagarde, Baverez et autres Attali, qui appellent à une mutualisation des dettes – les fameux eurobonds – pour renflouer les banques en acceptant, disent-ils, « une inflation modérée de l’ordre de 4 % » . Cependant, la machine infernale ne peut plus être arrêtée au sein d’un système qui n’est plus capable de promouvoir la production et de favoriser la consommation, car il repose au contraire sur le fétichisme d’une austérité qui n’épargne que les banques et dévore tout le reste.

    Ceux qui acceptent un diagnostic sur la gravité de ce qui se passe sans vouloir sortir du système sont ainsi condamnés aux expédients destructeurs. Le gouvernement Sarkozy-Fillon impose actuellement 16 milliards d’économies annuelles et demande aux parlementaires de la majorité d’en rajouter 1 milliard en s’attaquant aux dépenses d’intervention, c’est-à-dire aux aides économiques et sociales. Le 24 août, il a annoncé une hausse de la pression fiscale de quelque 11 milliards d’euros. Quant à Martine Aubry et François Hollande, ils rivalisent de rigueur rose, François Hollande prenant la tête du peloton en essayant de rafler la base sociale-libérale de Dominique Strauss-Kahn tout en se prétendant « mendésiste ».

    Les socialistes ont certes tous parlé de Glass-Steagall à leur Université d’été de La Rochelle, mais sans entreprendre la mobilisation de leurs troupes contre la City et Wall Street, ce qui revient à proposer un Glass-Steagall châtré. Aucun n’enthousiasme avec un grand projet de société, remettant la création et le travail humains aux postes de commande, et tous sombrent dans une double compromission opportuniste avec le pessimisme culturel Vert et une économie de marché dévoyée dont ils refusent de voir le visage.

    Notre mission commence donc par redonner confiance au peuple et à ses élus de base, en l’impliquant dans la bataille pour changer de système, saisissant l’occasion de la tempête qui vient et que personne ne peut plus éviter, pour le meilleur ou pour le pire. Le courage de l’optimisme ne se gagne en effet jamais dans les bureaux, mais sur le terrain, en inspirant.

    Jacques Cheminade