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    mardi 19 mai 2015

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    Jacques Cheminade
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    jeudi 15 décembre à 19h30

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    L’édito de Jacques Cheminade

    En examinant les bouleversements sociaux, Émile Durkheim constatait que si l’on détruit les références traditionnelles sans en créer de nouvelles, les êtres humains sombrent dans un désenchantement morbide qu’il appelait anomie. La crise de l’enseignement que nous vivons, avec les invectives échangées entre « pédagogistes » et partisans de la « transmission des savoirs », n’est que le masque de ce désarroi. Pour enseigner, il faut d’abord croire à ce qu’on enseigne et émanciper les capacités de ceux à qui on enseigne. Pour diriger un État, il faut d’abord croire aux idées qu’on a défendues pour se faire élire et respecter les femmes et les hommes dont on est responsable. Notre crise identitaire s’inscrit, depuis longtemps, dans la défaillance de ces deux engagements.

    Cette « crise », nous dit-on, serait définie par une mondialisation et une immigration qui ne sont pas maîtrisables, une robotisation des tâches inéluctable et une Union européenne inévitable. Cette soi-disant absence d’alternative sur l’essentiel s’accompagne d’une profusion d’« éléments de langage » fournis par des experts en communication, qui ont pour seul objet de préserver le statut des planqués du combat politique réel. Que l’on ne s’étonne pas dans ces conditions d’une détestation des élites, d’une xénophobie rampante chez les victimes du système et d’une abstention de plus en plus grande, non seulement au moment de voter mais dans l’expression de la civilité quotidienne. On cède de moins en moins sa place à une personne âgée et dire merci est devenu un signe de faiblesse.

    Dans sa politique étrangère, la France se soumet à la loi financière et rampe devant les pétromonarchies pour vendre ses armes de guerre, alors qu’elle se gargarise de libération de la femme et de démocratie dans sa politique intérieure. Dans notre politique économique, nous ne sommes capables d’engendrer qu’un euro de croissance pour quatre de nouvelles dettes. Comble de l’ironie, on voit à gauche d’anciens trotskystes devenus serviteurs affables du capital fictif et à droite, d’anciens extrémistes transformés en libéraux autoritaires – libéraux avec le monde de l’argent, autoritaires pour l’apparence. Dans un pays qui ne proteste même pas lorsqu’il est espionné par ses « amis ».

    Il faut donc sortir de ce système, qui déchire notre tissu social et nous abaisse dans le monde. Il y a urgence. Un monde qui ne crée pas les ressources pour les générations futures porte en lui la guerre. On le voit en Ukraine, on le voit au Moyen-Orient et on le verra à l’intérieur de nos propres pays si nous continuons à laisser dériver les choses. L’école : elle était il y a encore une génération un lieu respecté et protégé des violences du monde extérieur. Aujourd’hui, elle est devenue comme le reste, et des enfants de douze ans ont pu y voir sur écran des abominations faites aux êtres humains. Dès lors, quel sens cela a-t-il de leur parler de paix et de justice ? Quel sens cela a-t-il de leur parler des capacités créatrices de l’homme si l’on voit dans son action sur la nature une volonté prédatrice ? Quel sens cela a-t-il de parler des découvertes de la science si l’on jette le discrédit sur le nucléaire, y voyant nécessairement un instrument de guerre ou un mal inéluctable ? Pour les uns, l’école est devenue un moment à passer, pour les autres un instrument de réussite sociale. La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont vécues que dans le sanctuaire restreint de la famille, devenue protectrice et non inspiratrice.

    Alors, à la croisée des chemins, nous devons jeter les routines à la rivière. Les faucons de la finance ne font plus la loi dans le monde. Levons-nous avec ceux qui les combattent. A chaque germe de création qui apparaît, donnons parole et inspiration. Être républicain n’est pas arborer une étiquette mais élever à la dignité d’hommes tous les individus de l’espèce humaine.


    L’édito de Jacques Cheminade est publié tous les 15 jours dans le journal Nouvelle Solidarité.