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    A Guise, Jacques Cheminade rend hommage à l’esprit de Jean-Baptiste Godin

    lundi 20 février 2012

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    Jacques Cheminade
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    Le samedi 11 février, à l’invitation d’un maire, Jacques Cheminade s’est offert une visite au Familistère de Guise, dans l’Aisne, un haut lieu de l’histoire économique et sociale du XIXe siècle.

    Classé monument historique en 1991, le « Familistère », littéralement lieu de réunion des familles, est le nom donné par l’industriel Jean-Baptiste André Godin (1817-1888) aux bâtiments d’habitation qu’il fait construire pour ses ouvriers et leur famille à partir de 1858. Fils d’artisan serrurier, Godin est formé très jeune au travail des métaux et découvre les énormes avantages de la fonte de fer qui, contrairement à la tôle, préserve davantage la chaleur. En 1837, il ouvre un petit atelier de fabrication de poêles en fonte pour lesquels il dépose un brevet en 1840. Cet atelier deviendra en 1846 une manufacture à Guise. Autour, Godin fera naître un lieu de vie qu’il partage avec ses ouvriers. Il s’inspire notamment du phalanstère imaginé par le socialiste utopique Charles Fourier (1772-1837), mais, comme il le fera toujours, effectue un tri dans la théorie pour l’adapter à ses propres idées et surtout pour la rendre réalisable.

    Dans La richesse au service du peuple. Le familistère de Guise (1874), Godin affirme que « ne pouvant faire un palais de la chaumière ou du galetas de chaque famille ouvrière, nous avons voulu mettre la demeure de l’ouvrier dans un Palais : le Familistère, en effet, n’est pas autre chose, c’est le palais du travail, c’est le PALAIS SOCIAL de l’avenir ». Pour lui, le Familistère permet de créer des « équivalents de richesse » auxquels les ouvriers ne peuvent accéder individuellement, mais qui leur deviennent accessibles quand ils sont mis en commun en remplaçant « par des institutions communes, les services que le riche retire de la domesticité ».

    Lieu de vie très en avance sur son temps, le Familistère comprend un pavillon central jouxté de logements spacieux et bien éclairés, équipés, chose révolutionnaire pour l’époque, de toilettes. Rajoutez à cela un ensemble de bâtiments hébergeant un économat, des écoles, un théâtre, une buanderie, des bains et, sur l’autre rive de l’Oise, une piscine. Mais le confort n’est pas que matériel et Godin met en place tout un système de protection sociale en créant des caisses de secours en cas de maladie ou d’accident de travail et assurant une retraite aux plus de 60 ans. Godin lutte également pour le droit de vote des femmes et contre le travail des enfants. La durée du travail journalier se limitait à 10 heures et les loyers étaient plafonnés à 5 % du revenu…

    En contradiction totale avec l’austérité de droite et la rigueur de gauche, le Familistère a donc valeur de symbole pour la résistance que Jacques Cheminade, par sa candidature aux élections présidentielles, compte susciter contre les politiques monétaristes de la City et Wall Street.

    Interrogé par plusieurs journalistes, Cheminade déclara que sa visite visait à rendre hommage à une certaine tradition du socialisme français, celle de Jaurès et de Pierre Mendès-France.

    On peut accuser Godin de paternalisme, admit Cheminade, mais il faut reconnaître que c’est « quelqu’un qui s’est battu constamment sur le front du travail. (…) En même temps, il a mis en place le logement social, ou encore l’eau courante, qui n’existait pas à l’époque. Il a fondé une école pour les enfants jusqu’à 14 ans, et non pas 12 comme à l’époque, ainsi qu’une pouponnière. Il y avait aussi une société de gymnastique, une société de musique qui est devenue une harmonie en 1872 ; il y avait un théâtre, avec toute une vie sociale autour de ça. Il a instauré la sécurité sociale. Au départ, c’était la mutualisation du secours social, mais par la suite, c’est réellement devenu une assurance sociale. Il s’est donc créé quelque chose qui est devenu inspirateur de toute une politique développée au XXe siècle. (…) Godin avait un esprit d’invention constant, un esprit ludique. En même temps, c’est quelqu’un qui respecte le travail humain. Il vit parmi ses ouvriers, et non pas isolé comme certains patrons du Nord, dans un petit château à côté de l’usine ; il vit avec ses ouvriers. (…) Il s’enrichit, bien sûr, mais il cherche toujours à faire quelque chose de plus. Il va risquer le tiers de sa fortune pour aider Victor Considerant à créer un phalanstère au Texas. Ce projet échoue car il est utopiste, mais pas celui de Godin, parce qu’il est lié à un mode de production et à une technologie. Technologie et avancée sociale sont une seule et même chose. (…) C’est nécessaire et même indispensable. S’il n’y a pas ce progrès technologique, la croissance n’a aucun sens. La seule chose qui donne un sens à la croissance, c’est la créativité humaine : on invente, on crée et on en tire des applications technologiques. Les technologies sans la découverte deviennent mauvaises et la science qui ne s’incarne pas sous forme de technologie tourne en rond.

    (…) Le but de ma candidature est de mieux contrer ce qui engendre l’extrême droite, c’est-à-dire cette Europe en décomposition qui produit les Geert Wilders, Victor Orban ou Marine Le Pen. Et moi je dis : il faut absolument faire une politique différente, qu’on revienne à du crédit public, c’est-à-dire que l’Etat soit capable de redonner du crédit pour l’économie. Donc il faut des banques nationales et qu’en même temps, on fasse ce que Roosevelt avait fait, c’est-à-dire Glass-Steagall, qui est la séparation entre d’un côté les banques d’affaires, celles qui investissent sur les marchés, et de l’autre les banques de crédit et de dépôt, qui donnent du crédit aux entreprises et aux ménages. Cette séparation et ce crédit doivent permettre une politique nouvelle basée sur le progrès technologique véritable. On parle du nucléaire ? Les écologistes pensent qu’on peut sortir du nucléaire, ce que je ne pense pas, et les nucléocrates pensent qu’on peut rester avec la licence Westinghouse [des réacteurs à eau pressurisé], ce qui est une folie. Il nous faut la quatrième génération et la fusion thermonucléaire. On doit avoir envers le nucléaire l’attitude qu’avait Godin à son époque et en même temps, que ce soit un nucléaire citoyen, ce qui n’a jamais existé en France. »

    - Reportage de France3
    - Article dans L’Aisne nouvelle
    - Article dans le Courrier Picard